Jilinia

 

Journal de Luce – fin Avril

 

Enfin ! Nous pouvons sortir, vivre au moins dans la journée, à l'air et au soleil.

 

Nous n'envisageons pas de quitter la grotte pour le moment. Les nuits sont trop froides et nous n'avons pas encore trouvé d'eau douce.

 

Personne ne comprend rien à la nouvelle géographie des lieux. Comment la mer est elle arrivée si près de nous. Heureusement la grotte est encore au-dessus du niveau, nous aurions pu être submergés. 

 

Visiblement une énorme plaque a basculé en formant de nouvelles montagnes et un immense ravin où l'eau s'est engouffrée. Au loin ce sont les volcans qui ont soulevé le sol et craché un tas de matériaux nouveaux. Nos plateaux n'ont pas trop bougé. Ils ont seulement perdu leur végétation et son recouverts de cendres.

 

Nous n'avons plus qu'à espérer que c'est finit et faire l'inventaire de ce qui nous reste et de ce qui nous est donné.

 

Toute la vallée est inondée. Le village est encore debout, mais il a brûlé, et surtout il est situé en marge d'une zone d'éboulements. Nous n'osons pas nous y aventurer pour le moment. Nous avons repéré, loin vers le nord, un volcan encore en activité. De la fumée s'en échappe de temps en temps.

 

Aucun d'entre nous n'oubliera ces dix jours.  Nous étions piégés sous terre. Assourdis par le bruit infernal des chutes d'eau répercuté de salles en salles, épouvantés par les vibrations et les craquements que nous percevions autour de nous, nous n'arrivions pas à savoir si nous devions attendre sans bouger ou fuir dans les pires conditions.

 

Le calme de ces derniers mois nous avait permis d'oublier la précarité de notre situation.

 

 Les premiers jours, nous avons fait cuire des pains et des galettes de céréales, et chacun de nous a préparé son sac avec des vêtements, des couvertures et des rations de survie.

 

Nous nous sommes regroupés dans la grande salle. Cinq ou six d'entre nous veillaient dans les zones à risque : les entrées, les cascades et les lacs.

Au début nous n'arrivions pas à dormir. Ensuite, nous dormions n'importe quand, vaincus par l'épuisement.

 

Une nuit, j'ai été réveillée par le calme. J'entendais l'eau couler, mais plus ces grondements permanents.

 

Je me suis levée.

 

J'ai rejoint Martin qui surveillait la chute d'eau de la centrale avec Innocent et Angel. Puis, j'ai remonté l'allée du cirque, les jeunes étaient au bord de la nouvelle cascade qui avait emprunté notre couloir de sortie du côté des grottes préhistoriques. Elle aussi se calmait peu à peu.

 

Nous pouvions enfin respirer et envisager d'aller voir ce qui s'était passé.

 

Nous sommes encore sous le choc de ces journées d’angoisse. Le soleil, le ciel bleu, la découverte de notre nouvel environnement nous semblent encore totalement irréels.  malgré tout, je reprends confiance, nous n'avons pas été inondés, notre refuge est intact, avec toutes nos réserves. Nous allons devoir nous adapter à ce nouveau climat, mais les essais de culture semblent réussis.

 

Les premières graines semées à l'extérieur, ont germé : salades, radis, navets et choux  Les poireaux, les carottes et les premières céréales, ne devraient pas tarder. Bientôt, Nourdine va semer les légumes d'été.

 

Sam, le petit chien de Pablo et Magalie a été adopté par tout le monde.

Il fait le bonheur des enfants et supporte très bien le régime légumes et céréales !

 

Didier a testé au pendule ces premières plantes très vertes que nous avons trouvées en sortant. Il semble qu'elles soient comestibles, mais elles ont un goût curieux.

 

Le bébé de Justine devrait arriver dans un mois et demie. Notre deuxième petit enfant naîtra en Août. Edith et Youri auront un enfant en Septembre et Sylvette attend celui d'Eric pour Janvier. Ces enfants arrivent dans un monde nouveau, que nous découvrirons presque en même temps qu'eux.

 

Mon espoir est si grand de reconstruire et de recréer que je ne veux pas penser à l'ancien monde. Nos connaissances technologiques nous permettent de régler bon nombre de problèmes. Nous avons tous des compétences qui seront utiles au groupe et aussi à ceux qui nous rejoindront peut-être.

 

Peut-on imaginer que notre civilisation occidentale existe encore sur d'autres continents ? Ou même juste derrière les montagnes ? Nous espérons retrouver un jour les membres de nos familles ou des amis rescapés.

 

Nous avons découvert que le lieu où nous sommes, est habité depuis des milliers d'années.

 

Pascaline explique les lieux sacrés que nous avons découverts ici comme une expression très ancienne du Yin et du Yang des civilisations asiatiques, dont le dessin ornait  les tee-shirt ces dernières années. Ces deux notions complémentaires nécessaires à toute vie, qui s'équilibrent en permanence.

 

Pour le Yin, symbole féminin, lunaire, passif : la grotte ornée et le culte de la fécondité.

 

Pour le Yang, symbole masculin, solaire, céleste, actif  : la salle des crânes, célébrant les instincts guerriers destinés à la défense du groupe et la nécessité de tuer pour se nourrir.

 

Nous sommes tous mobilisés pour inventer l'avenir. Les jeunes, après ces mois entre parenthèses, on l'intention de partir en expéditions dès que leur présence ne sera plus nécessaire ici.

 

Moi, j'ai surtout envie d'être tranquille. De réorganiser un village pour les bébés qui arrivent, de participer à la renaissance de notre relation avec la terre.

 

Notre petite communauté est une graine d'humanité.

 

Restée quelques mois sous terre, elle est prête à retrouver la lumière pour croître et s'épanouir.

 

collage photos