Illustrations

décors

 

Le lendemain matin Pascaline qui vient de lire les poèmes de son fils, passe à l'école pour donner le cahier à Edith. 

Aussitôt, celle-ci fait asseoir les enfants sur le tapis et commence à lire. Ils écoutent, tranquilles et attentifs.

-    Flic Flac, c'est presque une comptine ! dit Maïssa.

Edith leur distribue des feuilles de papier :

-   Maintenant vous allez choisir un poème et l’illustrer, c’est à dire dessiner, les images que vous pouvez imaginer en le lisant. 

Pascaline retrouve Cédric dans la grande salle. Elle s'assoie à côté de lui dans la balancelle, après l'avoir embrassé tendrement sur les deux joues.

-    J'aime bien ce que tu écris. Edith les a lus aux enfants. Ils sont en train de te faire des dessins.

-    Je ne savais pas que je pouvais écrire ça. C'est vrais qu'en ce moment j'aimerais bien aller faire un tour dans nos forêts d'avant. Au moins, tout ce temps libre nous aura donné l'occasion d'essayer des activités dont nous n'aurions pas eu l'idée.

- Tu as raison. Et tu sais de quoi nous sommes libérés ? Des images !

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi cette drogue/télé avait remplacé une partie de la vie de tant de gens. Du matin au soir, pour certains, toujours des images qui mobilisaient leur attention sur des sujets futiles, en se substituant à leur vie.

Cédric regarde sa mère en souriant. Il est habitué à l’entendre faire le procès de leur ancien mode de vie.

Des éclats de voix précèdent de peu, l'arrivée des enfants apportant leurs dessins. Sylvette les suit avec une grosse boite de feutres.

-    Tiens, j'ai dessiné ton arbre. Tu vois, derrière les feuilles, il y a des fées et des lutins, dit Agathe, les feuilles, je les aie imprimées aux tampons.

Sur un grand papier, elle lui montre des mains, des pieds et des petites bouilles rigolotes qui dépassent d'un quantité de feuilles aux formes régulières, de plusieurs tons de vert.

Gabriel a mis en scène, le croissant de lune au lever du soleil, dominant des arbres, des oiseaux et des fleurs.

Maïssa a dessiné la pluie sur une feuille couverte de petits traits de toutes les couleurs, Théo, une grosse fleur rouge, et Lola une petite chose verte que Cédric a du mal à identifier, sous une pluie bleu turquoise.

-   C'est une petite grenouille, lui précise-t-elle un peu vexée,  elle est très contente parce qu'il pleut.

-    Merci ! Ils sont très beaux vos dessins.

Gabriel approche une chaise, des feutres à la main :

-    Hier, tu m'as dit qu'on pourrait dessiner sur ton plâtre.

Ils veulent tous participer

- D’accord, leur dit Sylvette, mais deux à la fois ! et vous êtes calmes !

Elles s'assoie dans un fauteuil pour les surveiller.

Depuis que Cédric et Antonin ont déménagé, après que les autres aient quitté les lieux petit à petit, laissant libres toutes les chambres situées au-dessus du restaurant, elle s'y est installée avec Eric. Ils ont fait communiquer plusieurs pièces et se retrouvent avec un véritable appartement.

A la fin de la matinée, le plâtre de Cédric, est couvert de petits dessins bariolés, sur toute la longueur. Mathieu y a ajouté sur le pied, une tête d'ours au grand sourire, genre peluche.... 

 

Mars – sous terre

décors

 

David se hisse en haut du dernier puits dans la salle des foyers. Antonin tire une corde où sont attachés deux seaux destinés à transporter la terre.

-  Tiens ! il y a déjà quelqu'un, dit Antonin.

Une lumière très vive illumine le fond de la grotte. En montant les quelques marches, il passe devant la source lumineuse, se retourne et s'aperçoit que l'éclairage vient du couloir conduisant à l'extérieur. Ils se précipitent tous les deux vers la sortie. Entre le plafond de la galerie etle rocher roulé à l'entrée, brille un rayon de soleil.

-    On n'a pas vu le soleil depuis combien de temps  ?  dit Antonin.

Ils regardent par l'orifice, le soleil filtrer à travers les nuages, et repartent vers l'intérieur. David court dans la galerie du cirque en criant :

-    Il fait beau ! il fait beau !

Il arrive dans la salle à manger à bout de souffle.

- Maman, il fait beau ! Il y a du soleil !

Mathieu et Pascaline terminaient la vaisselle du petit déjeuner en parlant avec Luce et Didier.

Ils repartent tous les cinq vers la grotte. Manolo et Angel sont déjà en train de monter.

Ils s'arrêtent médusés à l'entrée de la grotte ornée : la lumière s'est décalée, sur le mur, juste dans l'axe d'un mammouth imposant représenté de face. Cet animal donne une impression de force et de stabilité. Il est certainement un élément important du symbolisme des peintures.

Impressionnés, ils s'assoient le long des parois et observent un moment la très lente progression de la lumière. Un autre animal apparaît peu à peu, plus petit, de profil, le ventre rond : symbole de fécondité ?

La lumière diminue. Angel et Didier se dirigent vers la sortie. D'énormes nuages gris se rapprochent rapidement du soleil. Ils sortent en se glissant entre les rochers. Pas un brun d'herbe, la terre n'est même pas visible. Une poussière grise recouvre tout. Ils rejoignent  le sommet, pour observer les alentours : pas de signe de vie, tout est gris. Une bourrasque les prend dans un tourbillon à l'odeur suffocante.

Un mouchoir sur le nez, ils regagnent rapidement la caverne et une fois de plus referment derrière eux.

 

A leur retour, les enfants sortent de l'école. Tout le monde se retrouve à la salle à manger.

-    Nous sommes sortis tous à l’heure, dit Antonin, il y avait du soleil.

Martin a ouvert une bouteille de champagne.

Pascaline distribue les verres :

- Grâce à ce rayon de soleil, ils ont découvert quelque chose de très intéressant, dit-elle.

A l'intérieur de la grotte ornée, ce matin, un rayon de soleil éclairait un couple de mammouth, en particulier, la femelle avec un très gros ventre, évoquant une période de gestation.  Aujourd'hui c'est le 20  mars, jour de l'équinoxe de printemps. Ces peintures indiquent sans doute un lieu de cérémonie célébrant le début du printemps.Il faudrait reprendre les fouilles au fond, sous les peintures.

 

 

Archéologie

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L'après-midi les visiteurs se succèdent dans la grotte ornée, pendant que les fouilles reprennent.

Leur méthode privilégie la préservation des peintures. Pour éviter d'éclairer et de séjourner dans la grotte trop longtemps, ils transportent la terre, par couches successives, jusqu’au labo, où ils dégagent avec précaution les nombreux éléments qu’elle contient.

Certaines zones sont composées de pigments d’ocre. Ils gardent des échantillons en  les répertoriant sur le plan de fouille, et trient le reste par couleur, pour l’Atelier de Peinture. La terre est utilisée pour les bacs à plantes.

Magalie brosse doucement une boule de terre de la grosseur d'un œuf et dégage une forme de pierre blanche.

-   On dirait une étoile, dit-elle.

 

Elle l'observe attentivement.

Quelques traits en creux retiennent de l'ocre rouge :

-   Non ! C'est une petite femme ! Venez voir !

Un petit personnage de cinq ou six centimètres de haut, les bras en croix, un triangle pour le sexe, deux points pour les yeux. C'est bien la silhouette d'une vénus préhistorique.

 

Deux autres seront trouvées ce jour là, une douzaine, le lendemain.

 

Au cours du mois suivant, la fouille de la petite grotte donnera 72 vénus, une centaine de billes de pierre de toutes les couleurs, et encore de nombreuses perles en os, peut-être déposées là,  lors de rituels de fécondité très anciens.

  

23 Mars - Retour

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La vie à l’extérieur ne tente personne. Une épaisse couche de cendres recouvre encore la végétation et s’envole au moindre souffle d’air. Malgré tout, presque tous les jours, quelqu’un sort pour voir le temps qu’il fait et observer les alentours.

Ce matin  Mathieu et Anabelle s'assoient sur un gros rocher pour regarder les nuages toujours menaçants. Il fait sombre et le ciel uni, a laissé la place à un moutonnement gris foncé. Mathieu est encore étonné d'avoir retrouvé la joie de vivre grâce à la fantaisie de cette petite bonne femme.

- C'est pas encore aujourd'hui que je vais bronzer, dit-elle en riant.

Il joue avec ses cheveux frisés en la serrant contre lui :

-   Allez ! le premier arrivé en haut de la colline !

Ils courent tous les deux sur le chemin en soulevant un nuage de poussière.

-    C'était peut-être pas une bonne idée de courir, dit elle en toussant.

Le vent achève de leur couper le souffle. Après un tour d'horizon rapide, ils s'apprêtent à redescendre quand ils aperçoivent deux silhouettes gravissant le sentier en direction de l'entrée. Ils les regardent progresser péniblement et remarquent un petit animal qui court devant, revient vers eux et repart à toute vitesse pour revenir encore.

-     Un chien ! dit Mathieu. Ils ont ramené un chien ? Dit donc, il en as une drôle de bobine !

D'un commun accord, ils avaient décidé de ne garder aucun animal. Aucun d'entre eux n'avait de chien, ils avaient chassé ceux qu'ils entendaient parfois hurler le soir, les chats étaient redevenus sauvages depuis longtemps, et ils avaient lâché les poules et les moutons sur les plus hauts plateaux, dans l'espoir de les retrouver plus tard.

Ils arrivent ensembles devant la grotte.  Anabelle saute au cou de Pablo et serre Magalie sur son cœur

- Qu'est-ce que vous nous rapportez ?

Ils ne peuvent s'empêcher de rire en voyant le curieux petit animal qui, tout joyeux, saute autour d'eux en remuant sa queue en tire-bouchon. Il n'est pas plus gros qu'un chat, mais très râblé, gris-beige avec un museau tout noir, très écrasé et de bons gros yeux.

-    Qu'est-ce que c'est que ça ? dit Mathieu en embrassant Magalie.

-    On nous a dit que c'était un carlin, c'est un mâle,et il s'appelle Sam.

-   Je ne sait pas si les autres vont apprécier...En tous cas, il devrait plaire aux enfants.

Anabelle le prend à bout de bras pour le voir de plus près :

-    Sam ! enchanté de faire votre connaissance ! et s'adressant à Magalie et Pablo :

-   Alors, ça va ? C'était bien ?

 

Ils ont l'air fatigués. Magalie a beaucoup maigrit. Le visage de Pablo disparaît sous une barbe presque rousse. Sans eau depuis trois jours ils ne rêvent que des piscines. Ils redescendent tous les quatre au moment où les autres vont  passer à table.

 

Mathilde est déjà assise en face de Luce. Quand elle aperçoit Magalie, elle se précipite vers elle pour l'embrasser en pleurant.

-    Que suis contente que vous soyez revenus . Je m'en suis fait du soucis !  ça va ma petite fille ? Tu es toute maigre, vous n'avez pas assez mangé ?

Innocent embrasse sa fille et serre la main de Pablo.

-    Alors ? Quoi de neuf ?

-    Pour le moment, il n'y a pas grand chose de neuf.

Ils sont entourés, embrassé, questionnés.

 

Les autres n'ont pas encore remarqué Sam, qui se précipite à la table des enfants, et allant de l'un à l'autre manifeste sa joie de les rencontrer.

Après un moment d'étonnement ils sont tous à quatre pattes en train de le caresser.

-    C'est pour nous ? On va le garder ? dit Maïssa

-    C'est notre chien. Si tout le monde est d'accord, il va rester avec nous.

Agathe saute sur place :

-    On est d'accords ! On est d'accords ! N'est-ce pas papa ?

Aucun des adultes ne se voit refuser cette joie aux enfants.

-    Il faudra juste le dresser un peu. dit Martin, pour la forme.

Eve ne lâche pas la main de Pablo après les avoirs embrassés tous les deux.

-    Vous devez être fatigués ?

Magalie  voudrait prendre un bain. Pablo s'assoie à table entre Youri et son père qui lui sert un petit verre de rosé.

-    On est allés jusqu'à la mer, en faisant une partie du chemin en voiture. On a rencontré beaucoup plus de monde que la dernière fois. Il y a une autre caverne habitée près de la mer. Les gens que nous avons vus trouvent encore à manger, mais ils sont inquiets pour l'avenir, car ils ne cultivent rien. On a trouvé le chien sur la plage. Il nous a suivit, on l'a gardé.

Magalie prend des vêtements propres et descend vers les piscines accompagnée par Mathilde, Luce et les enfants, suivis de Sam, très à l'aise dans son nouveau domaine.

-    On est bien ici ! dit Magalie en glissant dans l’eau tiède avec délice. Les    gens qu'on a rencontrés survivent comme ils peuvent, par petits groupes. Ils occupent les maisons encore en bon état, où ils entassent un tas de chose, surtout de la nourriture. Ce qui manquera le plus vite c'est la lumière. La plupart sont méfiants. Ils ont peur des autres. Ils n'ont pas envie de partager.

Ils nous acceptaient pour dormir mais personne ne nous a proposé de rester. Ils ont envie de savoir s'il y a un endroit où ça va mieux, mais ils n'osent pas se déplacer.

C'est sur la côte qu'il y a le plus de monde, dans les endroits où il n'y a pas eu de raz de marée. Ils occupent les palaces. Ils mangent du poisson et épuisent les réserves. Beaucoup de magasins de luxe sont barricadés, sans doute pour éviter les pillages. Mais voler des bijoux ou des tableaux, en ce moment, ça n'a pas de sens. Pour le moment, il y a assez pour ceux qui restent, mais plus tard ça va être terrible.

-    Personne n'a l'idée de produire de l'électricité, demande Luce, ou de cultiver des légumes ?

-    Non ! Les seuls qui essayent de se débrouiller par eux-mêmes, vont à la pêche et essayent de cuisiner des algues, il reste encore de quoi manger, du riz, des conserves, mais ça ne va pas durer…

Magalie et Pablo racontent leur expédition pendant une bonne partie de l'après-midi.

L'information la plus importante est le retour progressif de la lumière du jour, avec de brèves apparitions du soleil, qui permettent d'espérer une sortie prochaine et surtout le redémarrage de l'agriculture.