Jilinia

 

Immobilisation

décors

 

Il n'est pas question pour Cédric de continuer à habiter dans sa chambre au-dessus de la grande salle. Pendant qu'il se repose, les autres décident de transporter ses affaires dans une pièce inoccupée à coté du restaurant.

Le déménagement est rapide, grâce à un panier attaché à une corde glissant sur une poulie fixée à la passerelle. C'est leur monte-charge depuis le début de l'installation. En une demie heure, ils ont tout descendu. Paco laisse tomber le matelas et les petits meubles dans les bras de Manolo et Antonin. Pascaline apporte des tentures qui serviront de porte et un portant avec des cintres pour ranger ses vêtements.

Quand il est installé, elle s'assoit sur le lit et lui prend les mains :
-Mon grand ! Tu t'es encore cassé. La dernière fois, c'était l'autre jambe, au ski... Tu vas avoir du mal à dormir. Ca m'ennuie de te laisser seul cette nuit. 

Elle le regarde, séduite par son visage carré et ses yeux gris. Ils ressemblent à leur père , dit elle en pensant à David.
-   Ne t'inquiète pas, Antonin va rester avec moi.

Antonin arrive avec Paco. Ils portent un matelas avec un tas de linge et d'objets posé dessus, et le lâchent sur le sol.
-     Je vais chercher des planches à l'atelier. Tu veux quelque chose ?
-     Si tu peux demander à Mathilde de me préparer de la tisane. J'ai tout le temps soif.
-     Laisse je vais m'en occuper dit Pascaline.

Innocent entre avec un carton d'où il sort plusieurs rallonges électriques qu'il fait courir le long du mur pour brancher des spots à pinces :
-   Je t'ai mis un variateur d'intensité qui commande tout. Tu pourras éteindre d'ici.

L'éclairage révèle les murs ocre-orangés, très brillants à certains endroits calcifiés.

Antonin revient avec des planches sur lesquelles il installe son lit et une grande caisse où il entasse toutes ses affaires en vrac.

Pascaline apporte un thermos, une bouteille d'eau et un carton plein de boites de granules et de plaquettes de cachets :
-   Tiens ! Didier t'a expliqué ce que tu dois prendre. Est-ce que tu veux dîner ?
Cédric somnole dans son lit :
-    Non, je suis claqué, je vais essayer de dormir.

Le rideau se soulève doucement. Il ne peut s'empêcher de sourire en voyant les six petits qui le regardent, intimidés. Lola, désolée de voir son oncle dans cet état, insiste pour lui lire une histoire. Théo pose sa main sur le plâtre avec respect :
-    On pourra dessiner dessus ? demande Gabriel
-    Oui, demain...

Agathe sur la pointe des pieds, lui parle tout prêt de l'oreille, en cachant sa bouche avec sa petite main. 
- Il faut que tu guérisses très vite parce que je t'aime beaucoup.

 

Mauvaise nuit

décors

Cédric s’est rendormi. Antonin dîne rapidement et revient libérer Pascaline restée auprès de lui.

A la lueur de la veilleuse, il le regarde un moment, impressionné par sa beauté. Lui qui s'est toujours trouvé trop maigre, aurait aimé lui ressembler.
Grand large d'épaules, le visage régulier, les cheveux blonds coupés très courts,  la peau mate malgré les mois sans soleil. Il a la tranquille assurance de ceux que leur stature préserve des agressions, dès l'enfance. Sa taille et son absence totale d'agressivité désamorcent toutes les provocations.

Allongé sur son lit avec un livre, Antonin n'a pas sommeil et garde un œil sur Cédric.  Après quelques heures de repos, celui-ci tente de se retourner. Gêné par son plâtre, il grimace de douleur,  se réveille et le regarde d'un air ébahi. Il se redresse avec difficulté :
-    J'ai du me battre avec un troupeau d'éléphants. Non ! je me suis scratché dans un trou plein de galets.

Il se frotte l'arrière du crâne :
-    J'ai dû me cogner la tête... Il est tard ?

Antonin approche sa montre de la lampe :
-     Onze heures et demie. Tu veux manger quelque chose ?
-     Je mangerais bien de la soupe, s'il y a encore des bocaux, avec du pain.
-     J'y vais.
Cédric attrape sa boite de remède et sélectionne les petites boules de sucre blancs et un analgésique. Il n'a plus du tout sommeil.

Antonin revient avec sur un plateau, un bol de soupe, des tranches de pain, du fromage et de la compote de fruits.

Luce et Pascaline qui n'étaient pas encore couchées l'accompagnent. Inquiètes, elles s'étaient offert un petit cognac pour se remonter le moral, avant d'aller dormir.

Pascaline lui propose de le masser. Elle l'aide à s'asseoir et  lui enlève son Tee-shirt, puis réchauffe un peu de crème dans le creux de sa main, la lui étale doucement sur le dos, les épaules, les bras, et appuie fortement ses doigts le long de sa colonne vertébrale, sur son dos, ses épaules et sa nuque.

-   Tu as quand même eu de la chance, lui dit Luce,  maintenant, plus question d'appeler les pompiers au moindre problème. Je réalise la responsabilité de Didier en cas d'accident grave.

Il boit la soupe de leurs légumes de l'été dernier en mangeant du pain, et du fromage. il n'est pas très fier de lui. Un peu casse-cou et souvent distrait, il lui arrive fréquemment de se blesser.

Pascaline lui caresse encore une fois les épaules :
-   Ne t'en fais pas. Cette fois-ci, tu ne risques pas de prendre du retard dans tes études et on a tous du temps pour s’occuper de toi.  A demain ! Reposez vous bien tous les deux.

Un peu plus tard, Cédric s'endort sur son livre. Antonin le lui enlève, l'aide à s'allonger et éteint la lumière.

Le lendemain, Magalie et Didier leur apportent leur petit déjeuner vers dix heures.

Didier, s'assoit sur son lit :
-  Bonjour; C'est pas la grande forme ce matin ! Il lui prend la main. Tu n'as pas de fièvre. Continue à prendre ce que je t'ai donné. J'ai demandé à tous les costaud de venir te chercher après le déjeuner, pour te tremper dans la piscine, la patte en l'air. Ca te fera du bien.

- Ca va Antonin ? Tu n'as pas beaucoup dormi non plus ...

- Ca va. Je dormirai cet après-midi.

 

Ecriture

décors

Antonin passe presque tout son temps avec Cédric. Les autres se relaient auprès de lui pour ne pas le laisser seul. Il a encore les bras et les épaules en mauvais état et se déplace difficilement avec ses canes.

Il passe ses journées dans la balancelle de la grande salle.  Cette période d'inaction forcée lui a donné l'envie de se remettre à écrire.  Depuis sa décision d'étudier la médecine, il n'en avait plus le temps. Ses études lui prenaient énormément de temps et il voulait continuer à faire du sport.

Les premiers jours, il est resté à somnoler, aidé par l'effet des calmants. Puis ils s'est inventé des rêves de randonnées dans la forêt, de siestes dans les prés ou de moments passés à regarder passer les fourmis en mâchonnant un brun d'herbe.

Des choses simples, qui leur sont maintenant interdites.

Pour tromper sa nostalgie, il lit et il écrit. Justement cet après-midi, Edith est venue lui apporter des livres :
-   Tiens, je t'ai trouvé un livre de photos des grottes du monde. Je ne pensais pas qu'il y en avait tant.

-Merci ! Je voudrais te faire lire ce que j'ai écrit.
Il lui tend un cahier où il a collé les dessins que lui apportent les enfants. Sur les dernières pages, Edith lit ses poèmes en souriant.

Grand arbre

Dit grand arbre
A l'abri de tes feuilles
Quel monde caches-tu ?

Les coques de tes fruits ?
Les oiseaux dans leurs nids ?
Ou, au cœur de la nuit,
Les fêtes et les rires
Des lutins et des fées ?

Tu fais quoi de ton temps ?
Vibrer au gré du vent ?
Bruisser très doucement ?

Ou rêver des étangs,
Des plaines et des champs,
Des vagues, des brisants,
Des monts et des versants,

Ou du soleil couchant ?

La Pluie

Plic ploc, sur la mare,
Flic flac, dans la flaque
Coule sur la route
Rejoint le ruisseau
Se noie dans la vague.

L'Orage

Ciel plombé
Nuages lourds
Grondements sourds
Fin d'été

Chaleur
Torpeur
Lueurs
Senteurs

Vent soudain
Poussière vole
Tourbillonne
Au lointain

Eclate l'orage
Filent les nuages
Libèrent le déluge
Enfin nous soulagent

La Vie

Découvrir un croissant de Lune
Au ciel du petit matin
Suivre des yeux en rêvant
La course infinie des nuages
Ecouter le vent dans les branches
Du plus bel arbre du jardin
Observer les oiseaux en vol
Dans l'air pur d'un beau soir d'été
Se réjouir du parfum des fleurs
De leurs couleurs de leur beauté
Respirer longuement l'odeur
De la mousse ou du foin coupé

Etre conscient du bonheur
De vivre ...  en paix...  en liberté...

Elle pousse un long soupire et le regarde, étonnée :
-    C'est bien ! Il y a longtemps que tu écris comme ça ?
-     Non, mais là, j'ai envie de retrouver des sensations d'avant.
-     Tu veux bien me les donner ? Je vais les faire apprendre aux enfants.
-     Si tu veux. 
-     Je voudrais que maman les lise.
- Je lui dirai de te les passer après.

Pascaline s'approche avec du thé et des petits gâteaux.
Il lui tend son cahier :
-    Tu peux lire ça, ce soir ?
-    Bien sur, pourquoi pas tout de suite.
-    Je préfère ne pas être là.

Les enfants arrivent en courant, les cheveux mouillés, tout excités.
-Stop ! dit Pascaline . Vous restez avec nous, seulement si vous êtes calmes.
-Un gâteau ? dit Lola
- Va demander à Marina. Elle est dans la cuisine.

Lola et Maïssa reviennent s'asseoir avec leurs gâteaux à côté de Cédric, pendant que les autres repartent toujours courant, vers la galerie des piscines, leur cour de récréation, qui avec toutes ces plantes commence à ressembler à l'allée d'un jardin.
Elles grignotent pendant un moment,  en racontant des histoires de loups et d’ours des cavernes, puis repartent à cloche-pied.
-   On ne peut pas dire qu'ils soient abattus par l'enfermement. dit Pascaline à Edith.
-  Non, il vont bien. Ils apprennent très vite. Avec une enseignante pour deux, c'est facile. Carmina lit bien aussi. Elle a un peu plus de mal avec l'écriture. Je crois qu'elle n'en voit pas vraiment l'utilité.

L'après-midi passe tranquillement, au rythme des visites qui se succèdent : Justine belle et ronde,  offre à Cédric une petite étagère pour ses livres. Yohan vient parler un moment avec lui. Les enfants vont et viennent, se balancent , puis s'échappent pour retrouver leurs jeux. Mathilde lui demande ce qu'il veut manger pour le dîner ....