Jilinia

Journal de Luce - Janvier

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Ce mois de Janvier, après toutes les fêtes de Décembre, nous semble bien monotone. Pas de problème particulier, à part le climat qui ne s'améliore pas...   toujours la nuit, le vent et la poussière. Maintenant, il fait très froid, mais il n'a pas neigé.

A l'intérieur, les culture et même l'agriculture se moquent des saisons. Grâce aux lampes, nous avons toutes sortes de légumes. Les plantes vertes gagnent du terrain. Nourdine les taille. Il aménage de nouveaux bacs et fait des boutures. Il a commencé à mettre en terre des noyaux de fruits, avec l'espoir de  planter de petits arbres à l'extérieur dans le courant de l'année. Il restera le problème des greffes si nous ne trouvons pas d'arbres rescapés.

Magalie et David inventent avec les enfants des moulins qu'ils expérimentent sur les petites chutes d'eau afin d'actionner des machines bizarres ou des automates. Ils ont même fabriqué une noria,  avec des pots de yaourt.  Fixés à l'extrémité des rayons d'une roue, ils tournent avec elle, prennent l'eau et la vident plus loi Elle est utilisée pour irriguer les bacs à plantes, reliés entre eux par des rigoles et des tuyaux de bambous.

Les deux futures mamans inventent des vêtements pour cacher ou mettre en valeur leurs ventres grossissants. Ou plutôt, Marina porte de grandes tuniques pour cacher le sien, alors que Justine continue à porter des pantalons qu'elle retient par une large ceinture drapée à laquelle elle fixe de grosses fleurs en tissus.

Yohan et Anton passent beaucoup de temps avec elles. A eux quatre, ils forment un petit clan. Ils aménagent les chambres des bébés et leurs chantent déjà les chansons entendues de leurs parents quand ils étaient bébés.

Dans l'ensemble, nous essayons de ne pas perdre le moral, mais il nous faut faire preuve d'imagination pour vaincre l'ennui. Et je ne sais pas si c'est parce que nous sommes en hiver, mais tout le monde dors plus longtemps que d'habitude.

 

Départ en Voyage

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Pablo trouve le temps trop long, il a décidé de partir. Youri ne quitte plus Edith, il ne l'accompagnera pas. Magalie  veut le suivre et Mathilde ne cesse de la harceler pour la faire changer d'avis.

Après quelques discussions orageuses, Mathilde cède, et, depuis, elle consacre tout son temps à organiser leur départ.  Elle cuisine des tartes, des pains, des gâteaux aux fruits secs qu'elle conserve dans des boites en fer. Elle tricote des gilets, des écharpes et même des passe-montagnes.

Elle en fait tant, que Pablo lui dit en riant :
-    Si vous continuez, on va être obligés de partir avec deux roulottes !

Protégés par des superpositions de vêtements chauds, ils quittent la grotte début Février, avec l’intention de rejoindre la mer vers le Sud. Tout leur équipement est rangé  dans une petite carriole à deux roues,  avec des crochets pour maintenir des sacs à dos.

Nouvelles découvertes

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Le départ de Pablo et Magalie donne à Etienne l’envie  d’organiser de nouvelles recherches dans la grotte.

Au fond de la salle des Foyers, de grosses pierres masquent la paroi. Elles sont de taille à peu près identiques, et semblent empilées de façon presque régulière sur une hauteur d'environ trois mètres cinquante En grimpant tout en haut, on aperçoit une autre galerie.

Intéressés par les restes de foyers et la quantité d'os brisés et d'éclats de silex jonchant le sol dans toute cette salle, ils n'avaient pas encore poussé l'exploration plus loin.

Ils avaient même découvert un endroit où du bois avait brûlé au fond d'une cavité sans cheminée, ce qui l'avait empêché de se consumer complètement.
Est-ce qu'il  pouvait s'agir d'un lieu de production de charbon de bois ? 

Les tronçons de brindilles calcinées retrouvées alentours,  servaient-elles aux dessinateurs ? 
Mathieu en a ramassé un morceau pour dessiner sur un mur, non sans émotion.

Aujourd'hui, ils ont décidé d'essayer de déplacer ces pierres. Ils sont convaincus que ce n'est pas un éboulement et sont curieux de savoir ce qu'ils vont trouver derrière.

Ils commencent par celles du centre. En peu de temps, ils dégagent à deux mètres du sol, une ouverture d'un mètre de hauteur. Etienne se penche pour éclairer un couloir plus large que haut dans lequel il s'engage aussitôt. Il progresse à quatre pattes. Par précaution il a attaché à sa ceinture, une corde que Samuel déroule progressivement.

Au bout d'une dizaine de mètres, il constate que le passage large d'environ huit mètres se rétrécit brusquement. Sur la droite, il trouve un puits, apparemment très profond.  Sur la gauche, le couloir est bouché par une paroi verticale qui ne rejoint pas complètement le plafond. Des pierres empilées lui permettent de se hisser par une ouverture assez étroite, jusqu'à une grande salle dont la luminosité devant sa lampe, lui parait inhabituelle.

Il appelle les autres :
-Vous pouvez venir ! Attention ! le plafond est très bas. Passez à gauche, il y a un grand puits sur la droite.
Ils le rejoignent, surpris par la façon insolite dont les murs de la grande salle renvoient la lumière. En s'approchant ils constatent qu'une couche de calcite recouvre presque partout, les murs, le sol et même des rochers disposés assez régulièrement, où sont posées des pierres rondes de la taille d'un ballon.

-  C'est bizarre comme la disposition des pierres à l'air organisée, dit Samuel.

Magalie s'accroupit devant l'un d'eux.
-    Mais c'est un crâne !

En effet, la forme qu'elle observe, arrondie et symétrique, vue de dessus, comporte, vue de face, deux cavités séparées par des trous plus petits situés en dessous. La partie en contact avec la roche est une rangée de dents bien alignées qui scintillent à la lumière de sa lampe.

Elle approche sa main et avec un grand respect,  caresse lentement le crâne. Elle le pousse légèrement et constate qu'il est indissociable de son socle, posé là depuis des milliers d'années,  parfaitement conservé.

Mathieu, qui observe la rangée située en face :
-    Ce ne sont pas des crânes humains, on dirait des chiens ou plutôt des ours.

Sa lampe éclaire un squelette de museau légèrement allongé, aux dents situées de part et d'autre.

Ils observent tous leur curieuse découverte  : des crânes humains sont alignés sur la droite, alors qu'à gauche ce sont des crânes d'animaux, tous semblables, assez gros.

Etienne s'approche de la paroi située derrière les crânes d'ours et siffle longuement. Sous la couche brillante, apparaissent des dessins d'ours en grand nombre, très grands, semblant géants à côté des silhouettes humaines. 

Paco se baisse pour examiner de curieuses colonnes situées derrière les socles.
-    Ce sont des os ! des colonnes d'os !

Les autres s'accroupissent pour examiner ces os empilés,  collés ensembles, vitrifiés.

Ils se relèvent pour avoir une vue d'ensemble des lieux. Une allée, bordée de chaque côté,  de huit rochers où sont posés les crânes. Des colonnes formées d'os empilés y sont adossées. Derrière, sur les murs, de nombreux dessins à l'ocre rouge et au charbon de bois. 

A gauche les ours avec des représentations d'ours monstrueux et des hommes tout petits, morts ou en difficulté. A droite les hommes avec des dessins  représentant des géants, à côté de petits ours dont certains couchés au sol percés de flèches ou de lances.

Enfin, ils découvrent au fond, une paroi à peu près lisse décorée du coté droit par des dessins ronds à l'ocre rouge.

-    J'ai déjà vu ça dans un livre, dit Antonin, c'est fait avec la paume de la main, enduite de couleur que l'on fait tourner sur le mur. Regardez on voit les traces des doigts.

En s'approchant, avec un certain angle d'éclairage, ils remarquent sur la gauche de profondes griffures dans la pierre, adoucies par la calcification.

Mathieu attire leur attention sur le sol où des traces de pieds nus sont bien visibles, imprimées dans une terre molle, durcie par le temps :
-   Attention ! Regardez, on dirait des empruntes.

Ils s'arrêtent dans le passage central et observent silencieusement ce lieu étrange.

-    Quelle mise en scène ! dit Samuel après un moment.

Mathieu revient vers les parois décorées :
-     Oui, je n'ai jamais entendu parler d'un truc pareil ! C'était certainement un lieu de rituels lié à la chasse à l'ours ou au danger représenté par les ours dans les cavernes. On peut imaginer qu'ils recherchaient les mêmes abris pour l'hiver. Les rencontres pouvaient  être sanglantes et il ne devait pas être question de cohabitation. On a déjà vu des griffades, des ossements et des bauges à ours dans certaines grottes, mais jamais une organisation comme celle-la.

Cette grotte qu'ils considèrent maintenant comme leur maison ou leur village ne cesse de leur offrir de nouvelles découvertes. Une fois de plus, ils sont bouleversés par ce nouveau témoignage de vie très ancien, conscients de leur chance de posséder la lumière et d'avoir pu déplacer leur monde jusqu'ici.

 

Nouveau puits

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Le lendemain, Etienne, Mireille et Cédric se préparent à l'exploration du grand puits.

Etienne a évalué la profondeur à environ vingt-cinq mètres, il descend le premier, et arrive sur une petite surface plane composée de galets et d'éléments brisés qui comblent une partie de cette salle étonnante. Il promène sa lampe autour de lui projetant alentour les ombres de roches ondulées effilées formant un véritable labyrinthe d'étroits couloirs qui descendent en pente raide.

-    Envoyez toutes les cordes ! C'est extraordinairement beau, mais je ne garanti pas la solidité de ce millefeuilles.

Arrivés en bas, Mireille et Cédric apprécient cet agencement de plaques de roches, de couleur rouille, formant de hauts murs terminés à leur hauteur par des pointes adoucies. Ils décident d'explorer chacun un couloir. A peu près parallèles, ils  semblent aboutir tous dans une galerie en contrebas.

Ils attachent des cordes aux pitons rocheux, et progressent  dans leur couloir avec l'intention de se retrouver en bas. Les galets humides roulent sous leurs pieds, le sol sinuant entre les parois est un amas de matériaux non stabilisés, souvent très en pente.

Emerveillé par ce décors de fiction, encore différent de ce qu'ils connaissent déjà, Cédric oublie de regarder où il marche. Soudain, il dérape, la corde lui échappe, il tombe sur le dos et dévale la pente en poussant un long cri.

Etienne et Mireille s'immobilisent, attentifs au bruit de sa chute qui se répercute à l'infini dans ce vaste espace.
-    Aïe !  Je crois que je me suis cassé la jambe.
Ils remontent rapidement vers l’entrée, pour redescendre en direction de Cédric
-    Ne bouges pas ! Lui crie Etienne.

Ils le trouvent allongé sur les graviers dans une espèce de marmite de sorcière, un mètre en contrebas du chemin. Effectivement, sa jambe droite à pris un angle inhabituel.

-Est-ce que tu as mal autre part ? lui demande Etienne.

Cédric remue les bras, la tête et l'autre jambe :
-    Non, le reste ça à l'air d'aller.
-    Je vais rester avec toi. Lui dit Mireille. Etienne tu peux aller prévenir  Didier ? Je vais aller chercher le thermos de café et les sandwich, il ne faut pas qu’il ait froid.

Cédric, regarde sa jambe, une vive douleur commence à irradier de son pied jusqu'à son genou.
-    Et Merde ! pense-t-il  Il ne manquait plus que ça...

Elle l'aide à s'asseoir en lui calant le dos avec son sac et lui met une couverture sur les épaules.
-    ça va aller ?

Il est très pâle. 
-   ça va, merci. C'est bête. C'était tellement beau, je n'ai pas fait attention.

-    Tu sais, sous terre, il faut toujours être très vigilant. C'est vrai que nous, on a tendance à l'oublier...Tu veux manger quelque chose ?

Elle lui sert un café.  Il enlève ses gants, se réchauffe les mains sur le gobelet en secouant la tête pour refuser le sandwich, pendant qu’elle lui parle pour lui faire oublier la douleur :
-     Les passages d'eau sont les endroits les plus dangereux. On consultait toujours la météo avant de descendre, mais il peut toujours arriver un orage. Une fois avec Etienne et Yohan, on a eu juste le temps de se réfugier sur une corniche. Je peux te dire qu'on s'est fait du soucis jusqu'à ce que l'eau commence à baisser !

Enfin, ils entendent des bruits de pas et commencent à entrevoir des lueurs sur les crêtes rocheuses.

Quelques instants plus tard Didier enlève la chaussure de Cédric et découpe son pantalon :
-    Pas de doute elle est cassée. Avale ça !

 Il lui tend un cachet et un gobelet d'eau.
-    Je vais te faire un peu mal, serre les dents !

Sans lui laisser le temps de réfléchir il attrape le pied de Cédric, le tire légèrement et remet sa jambe en place.
-    Ca va , ça n'a pas l'air trop grave.

Avec l'aide de Mireille, il lui passe sous la jambe, une gouttière qu'il attache avec des sangles.
-    Maintenant il faut remonter.

Etienne et Paco aident à l'allonger sur une civière, et remontent avec précaution pour ne pas glisser ni trop le secouer. Youri les attend sur la plate-forme. Innocent et Antonin sont en haut avec le palan. A eux tous, ils le remontent sans incident.

Pascaline est venue au-devant d'eux et lui prend la main, aussi pâle que lui :
-    Heureusement ce n'est pas trop grave, mais tu vas être immobilisé.

Ils le déposent dans le bureau de Didier qui prépare déjà des bandes plâtrées.

Un quart d'heure plus tard, assommé par les émotions et les sédatifs, il dort profondément.