Jilinia

22 Octobre - Camille

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Après des semaines d’errance, un matin,  Fred et Camille, réveillés très tôt par le tonnerre, arrivent à chauffer de l'eau pour le thé, mangent un peu et reprennent l'ascension d'une colline où ils espèrent trouver un nouvel abris.

Ils visitent plusieurs grottes au cours de la journée, mais ils n'ont pas trouvé d'eau potable depuis leur départ et leur réserve diminue. La nuit va tomber, Fred observe de loin les parois rocheuses de la montagne  :

- Il y en a encore une  là-bas. On y va tant qu'il fait encore un peu jour ?

En arrivant, ils entendent le bruit qu'ils recherchent depuis leur départ. De l'eau qui coule, là-bas,  tout au fond.

Fred vide son sac, trouve sa lampe et avance vers une zone obscure. Scrutant le rayon de lumière dirigé vers le fond de la caverne, il oublie de regarder le sol humide. Il dérape, sa tenue imperméable, très lisse, glisse sur le chemin argileux. Il n'a pas le temps de chercher à se retenir...

Camille l'entend crier, un bruit de pierres qui roulent, un choc, plus rien !

- Fred ! Qu'est-ce qu'il y a ? répond moi...

Elle cherche sa lampe et rejoint avec précaution le fond de la caverne. La source est dans une salle située environ un mètre cinquante en contrebas. Fred est allongé sur le dos. Il ne bouge plus.

Elle descend s'asseoir à coté de lui, passe la main sur son crâne, la regarde à la lumière de sa lampe, pleine de sang.

- Non ! cris-t-elle en pleurant.

Toute la nuit, elle reste auprès de lui. Elle essaye de le ranimer en lui passant de l'eau fraîche sur le visage... Elle pleure. Elle lui parle. Elle finit par dormir le dos appuyé sur la paroi humide.

Au lever du jour, elle remonte et de l'entrée de la caverne, elle observe les alentours. Il ne pleut plus, mais le sol est noir de cendre et le ciel d'un gris très sombre.

Soudain, un mouvement sur sa droite attire son attention. Un homme vient de sortir d'un amas de rochers. Elle le regarde monter lentement vers le sommet le plus haut et l'observe quelques minutes avant de lâcher les jumelles et de partir en courant pour le rattraper.

 

Mathieu

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Quelques minutes plus tôt, Mathieu  arrivait au sommet de leur montagne. Il a pris l'habitude de sortir chaque fois qu'il travaille sur les peintures de la grotte. Une fois de plus, les nuages très bas lui ont ôté tout espoir de voir la vallée, aujourd'hui, pas de soleil, bien qu'il fasse à peu près jour. Le plus gênant est cette poussière de cendres qui vole au moindre souffle de vent.

Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas le moral. Lise s'est installée avec Fédérico.

-    Si au moins j'avais pu éviter de lui coller mon poing dans la figure!
Pense-t-il.

Fédérico, calme et pacifique, s'est contenté de se frotter la jour en lui disant :
-    C'est tout ce que tu as à me dire ?
Comme si la perte qu'il lui infligeait justifiait ce genre de rétribution.

Ce qui l'agace le plus, c'est qu'il le trouve plutôt sympathique. Il est soulagé de ne plus la voir pleurer, mais il ne sait plus si c'est elle qui lui manque ou plutôt leur vie d'avant.

Au moment de redescendre,  il entend un bruit de pas. Il ne reconnaît pas cette silhouette qui progresse vers lui avec difficulté et se dépêche de la rejoindre. On dirait une femme, les vêtements usés, les cheveux sans couleur, le visage noirci, et des yeux d'un bleu très clair qui le regardent avec inquiétude. Elle s'est arrêtée, prête à fuir.
-    Bonjour, n'ayez pas peur.
-    Bonjour, je m'appelle Camille
-    Qu'est-ce que vous faites là ?

Elle s'assoit sur un rocher et se met à pleurer doucement. Ses larmes dessinent des lignes claires sur son visage. Mathieu n'ose pas intervenir. Elle semble si fragile, si désespérée, qu'elle lui fait un peu peur.

-   Excusez-moi, c'est difficile... Il va mourir...
-   Qui va mourir ?
-  Fred. On n'a pas mangé depuis plusieurs jours. Seulement bu un peu d'eau dans une grotte. Et puis, il est tombé dans un trou. Vous allez nous aider ?
-   Où est-il ?
-   Pas très loin, de l'autre côté de la colline.
-  Bon! Nous sommes dans un refuge là-dessous. Vous allez venir avec moi. Pendant que vous mangerez un peu, j'irai chercher de l'aide, ensuite, nous irons chercher votre ami.

Elle le suit jusqu'à la salle des foyers, où il lui donne son sandwich qu’elle dévore en l’attendant.. Il redescend le plus rapidement possible et revient une demi-heure plus tard, avec du matériel, Etienne, Pablo et Didier.

Peu de temps après, ils sont auprès de Fred qu'ils trouvent en bien mauvais état. Il a glissé sur la pente, avant de tomber un peu plus bas sur des rochers.

 Didier lui donne à boire, avant d'aider à le transporter avec précaution jusqu'à une chambre de leur refuge. Là, il procède à des examens qui ne font que confirmer ses craintes. Plusieurs côtes cassées ont du perforer des organes vitaux. Une forte fièvre indique que l'infection gagne.
En priorité, faire baisser la fièvre et calmer la douleur. De toutes façons il n'a pas les moyens de l'opérer ici. Il ne cache pas à Camille que son état ne lui laisse que très peu d'espoir de le sauver.

-    Si vous voulez, je peux rester auprès de lui. Allez vous reposer, lui dit-il.
-    Merci, mais je ne veux pas le quitter. Dites-moi où je peux vous trouver en cas de besoin.

 

Camille - Fred

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Camille ne veux pas dormir. Les piqûre de Didier ont calmé les souffrances de Fred. Il a repris conscience dans la soirée, et après lui avoir demandé à boire, il s'est assoupi. Elle l'a veillé une partie de la nuit, et s'est finalement endormie.

Ce matin, il a cessé de vivre. Elle reste assise près de lui, en larmes jusqu'à l'arrivée de Didier.

-    Vous avez fait tout ce que vous pouviez pour lui. Moi je n'avais pas les moyens de le sauver. Venez manger un peu. Luce va rester ici.

L'après-midi, suivant les désirs de Camille, ils rapportent le corps de Fred dans la grotte où ils s'étaient abrités. Ils  l'ensevelissent sous un monticule de pierres surmonté d'une croix où elle inscrit son nom.

Ensuite, ils sont presque obligés de la porter, tant elle est épuisée. Elle s'endort dès leur retour, veillée par Didier ou Pascaline qui ne veulent pas qu'elle se retrouve  seule à son réveil. 

 

25 Octobre - Camille

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Pascaline regarde Camille qui dort depuis presque deux jours. Hier, elle était très agitée et pleurait souvent, sans se réveiller. Elle est plus calme maintenant mais semble avoir des difficultés pour respirer.
Elle était si fatiguée qu'ils ne lui ont pas proposé de se laver, ce qu'elle n'a sans doute pas fait depuis longtemps, probablement par manque d'eau. Son mince petit visage porte des traces d'égratignures, ses ongles sont longs noirs et en mauvais état. Elle porte un jean sale et troué.

Elle commence à bouger en gémissant doucement, Pascaline appelle Didier.  Elle ouvre les yeux et les regarde sans les reconnaître ?
-   Bonjour Camille, lui dit Pascaline, vous avez dormi très longtemps, ça va mieux ?
Elle ne répond pas et recommence à pleurer doucement.
Pascaline l’aide à se lever :
-      Venez avec moi, vous allez prendre un bain.
-     Prendre un bain... mais vous avez de l'eau ? Et de la lumière ? Je n'y comprends rien...
-    Venez, vous verrez, ici la vie est très confortable. J'imagine que vous avez eu des moments très difficiles ça va aller maintenant.

Tout en lui parlant, Pascaline rassemble dans un panier : des vêtements,  un gant et de grandes serviettes. Elle l'accompagne jusqu'aux piscines et l'aide à se déshabiller et à s'installer dans une vasque de pierre où l'eau semble d'un vert pâle. Camille se laisse aller, sans réaction. Elle semble se désintéresser de ce qui lui arrive et continue à pleurer doucement.
-    Tu veux bien que je te tutoie ? Tu vois, l'eau est chaude ici, prends ton temps, je vais nager un peu.

Quelques temps plus tard Pascaline et Camille se dirigent vers la grande salle. Blonde et pâle, les cheveux bouclés coupés très courts, la nouvelle venue à l'air d'une petite fille. Mathieu les attendait, assis devant un repas copieux.
-    Bonjour. Je suis content de vous voir. Venez vous asseoir, nous allons déjeuner.
-     Bonjour, Comment avez-vous fait pour aménager tout ça ?

Mathieu et Pascaline lui expliquent : le village, la coopérative, le supermarché, le cirque, la centrale électrique et toute leur installation.

-     Et toi ? Lui demande Mathieu. Raconte. Depuis plusieurs mois, on ne sait plus rien de ce qui se passe dehors, il y a encore du monde ?
-     Dans les villes, peut-être...

Elle parle très lentement, en laissant passer du temps entre chaque phrase.
-     Avec Fred...
-     On voulait retrouver la maison des ses grands-parents...
-     Et monter le plus haut possible...
-     Pour essayer de voir loin..
- Avec les autres...
- On avait pris l'habitude de vivre au ralenti...
-     On ne faisait plus attention à l'heure...
-     Des fois, on dormait toute la journée...
-     On attendait que ça s'arrange...
-     Nous, on est sortis de la ville avec une voiture...
-     Qui avait encore de l'essence...
-     Après on a continué à pied...
-     On avait emporté des lampes et de la nourriture...
- On a vécu un moment dans un village presque abandonné...
- Mais les toits ont été emportés par les tempêtes...
- Les caves inondées...
- On ne savait plus où aller

Pascaline l'écoute en lui souriant gentiment :
-   Nous, on a eu de la chance. On a pu transporter notre vie sous terre.

Didier  tend une petite bouteille à Camille, qui n'a presque rien mangé :
-   Tenez, je vous ai préparé des élixirs de plantes. Reposez vous et il faut manger. Vous mettez la bouteille dans votre poche et chaque fois que vous y pensez, quelques gouttes sur la langue, c'est un peu comme de l'Homéopathie.

Peu après,  Pascaline la raccompagne à sa chambre.

-    Je suis à côté, viens me voir quand tu seras réveillée.

 

Anabelle - Mathieu

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Camille se repose, la vie continue, les enfants sont à l’école et chacun retrouve ses occupations.

Anabelle dessine des feuilles sur l'un des murs de l'atelier, avec un mélange d'ocre rouge et d'eau. A cet endroit, le mur, creusé par d'anciens passages d'eau, forme une espèce d'alcôve, peu profonde. Elle dessine un entrelacs de brindilles et de feuilles sur la voûte, dans le prolongement des branches et du tronc représentés sur le mur du fond.

De temps en temps, elle jette un coup d'œil en direction de Mathieu, assis à la grande table. Il ne lui a pas adressé la parole depuis qu'elle à commencé à travailler, juste un bonjour distrait quand elle est arrivée. Il dessine des paysages à l'encre de chine.

Lise l'a quitté depuis un mois. Il suffit de le regarder pour comprendre son état d'esprit. Après ces moments où il s'est beaucoup inquiété pour elle, il est soulagé de la voir  de nouveau parler et rire comme avant, mais il n'arrive pas à accepter que ce soit avec Federico.
-    Mathieu ! viens t'asseoir sous mon arbre. Je voudrais te parler.

Il lève la tête et la regarde étonné de la trouver là. Tellement perdu dans ses pensées qu'il l'avait oubliée.
-    M'asseoir sous ton arbre ? Qu'est-ce que tu dis ?

Il s'approche et regarde son travail auquel il n'avait prêté aucune attention jusque là.
-    C'est beau ce que tu fais. On se croirait dans un tombeau égyptien.

Il s'assoit à côté d'elle, sur un banc formé d'une planche posée sur deux pierres.
-    Voilà ! Lui dit-elle, je te regarde depuis un moment, tu dessines, mais tu ne penses pas à ce que tu fais. Moi, je fais le siège de l'atelier depuis plusieurs jours pour être avec toi, et tu ne t'aperçois même pas que je suis là.
Mon cher, il serait peut-être temps d'atterrir. Il est possible que les jours nous soient comptés, mais on est vivants ! J'en ai assez d'être seule et tu me plais. J'aurais pu demander un charme à Carmina. J'ai décidé de te séduire par mes propres moyens.

Mathieu est stupéfait de n'avoir pas remarqué à quel point elle est jolie et surtout rigolote, avec ses cheveux blonds très frisés, son accent, sa bouille ronde et son petit nez.
Elle parle calmement, avec un grand sourire. Sure de son pouvoir de séduction.
Il n'a pas encore fini de ruminer son histoire, et rien dans leur vie actuelle ne semble pouvoir le sortir de sa léthargie.
Il découvre cette petite bonne femme, si différente de sa Lise.
Assise en tailleur sur le banc, le dos appuyé au mur. Habillée comme une princesse orientale, d'un pantalon de soie multicolore serré aux chevilles par des liens où pendent des perles et des grelots, d'une chemise à larges manches et d'un petit gilet brodé.
Depuis son arrivée dans la grotte, elle n'a plus porté de chaussures, mais dessine sur ses pieds avec du henné, des formes compliquées, qu'elle renouvelle souvent.

Il est très étonné qu'elle s'intéresse à lui. Il ne l'avait pas remarquée, mais surtout, elle l'amuse.
-     Qu'est-ce que tu peux bien me trouver ? Je suis plutôt ours, tu sais.
-     Ours ! J'adore! Je n'osais pas te parler quand Lise était avec toi.
-     Tu as un drôle d'accent. Tu viens d'où ?
-    Ah Oui !  Je suis américaine.  J'avais appris un peu de français au lycée,  mais j'ai complété mon apprentissage avec les Morales. C'est pour ça que j'ai un accent... Spécial !

Ses yeux pétillent. Elle saute à terre, se met à danser autour de la pièce, une danse endiablée, ponctuée de sauts périlleux, et enfin s'arrête devant lui.
-     Si tu veux,  je nous invente une histoire. Tu m'as vue dans mon spectacle et tu m'as trouvée très belle. Alors, tu as décidé de m'enlever. Cette nuit, je laisserai trois bougies allumées devant ma chambre. Je suis sure que tu ne sais même pas où j'habite !
-    C'est vrai! Dans l'allée du cirque ?
-    Oui ! Tu verras les bougies !

Elle retraverse la pièce en dansant et disparaît dans la galerie.

Mathieu reste assis un long moment sous l'arbre peint, partagé entre son humeur taciturne et l'envie de vivre autre chose.
Il revient à sa table à dessin, prend une feuille blanche et se met à dessiner une jolie petite danseuse aux vêtements multicolores.
-    Pourquoi pas. Pense-t-il.

Pendant le dîner, Anabelle ne semble pas faire plus attention à lui qu'auparavant, mais lui, l'observe de loin, et elle le sait.
-    Mathieu ! Tu m'entends ?
C'est Etienne qui essaye de le convaincre depuis plusieurs jours de l'accompagner dans leur prochaine exploration et qui lui parle depuis un moment sans recevoir de réponse.
-    Oui Etienne. La prochaine fois, je viens avec vous. D'ailleurs, j'ai besoin de bouger un peu. Tu viens avec moi, j'ai envie d'aller faire un tour au lac.

Etienne, qui n'en revient pas, mais se dit qu'il a enfin réussit à le sortir de sa déprime s'empresse de l'accompagner. Il est d'autant plus surpris que Mathieu lui parle sans arrêt, posant des questions sur ce qu'ils ont découvert, alors qu'il ne s'y intéressait plus. Il le laisse devant son appartement et repart perplexe, après s'être entendu dire :
-    Bonne nuit mon vieux, j'ai passé une très bonne soirée.

Un quart d'heure plus tard, Mathieu ressort discrètement. Il est habillé de noir, avec une chemise brodée, rescapée de sa période baba cool, et une longue écharpe de soie rouge qu'il porte en ceinture. Il a enlevé ses chaussures.

Arrivé dans la galerie du cirque, il voit de loin les trois bougies. Il entre et devine Anabelle dans la pénombre. Elle a remplacé son pantalon bouffant par une longue jupe rouge et de nombreux jupons.
Sans un mot, il la prend dans ses bras, la porte sans difficulté jusqu'à chez lui et la dépose sur son lit. Avant de partir, il avait allumé des petites bougies réparties tout autour de la pièce, et quelques bâtons d'encens.

Il revient vers l'entrée et referme l'épaisse tenture de feutre brodé.

 

Magalie - Camille

décors

 

Magalie se réveille en sursaut, quelqu'un a crié.

Elle prête l'oreille, de nouveau un cri, suivit de quelques mots inarticulés.

-    C'est Camille, se dit-elle en s'asseyant sur son lit.

Quelques jours après son arrivée, celle-ci s'est installée dans la chambre d'Anton. Magalie se lève et la rejoint par la passerelle qui permet de relier les pièces entre elles.  Camille s'agite en dormant et se remet à crier quand Magalie la secoue pour la réveiller.

-    Camille ! Arrête ! Tout va bien ! Tu va réveiller tout le monde !
Elle ouvre les yeux et se calme peu à peu :
-    J'ai encore rêvé que je tombais avec Fred, dans le noir.
-    Viens, on va aller faire un tour.

Elles descendent dans la cuisine, Camille allume sous la bouilloire, pendant que Magalie cherche dans les sachets de plantes.

-    Tilleul/menthe, ça te va ?

-    Oui, merci. Je vais demander à Didier de me donner quelque chose pour me calmer.

-    Bonjour les filles !    Pascaline s'approche, étonnée de les trouver là.

Elle s'assoit à côté d'elles et se sert un bol de tisane.

-    Depuis que nous sommes là, je ne dors plus que quatre ou cinq heures. Je me réveille de plus en plus tôt. Je crois que je ne bouge pas assez.  Vous venez nager avec moi ?

A cette heure ci ? Demande Magalie... Après tout, tu as raison. Tu viens Camille ?

Quelques minutes plus tard, elles se laissent glisser dans l'eau chaude. Pascaline fait deux ou trois aller et retour dans le grand bassin et revient s'allonger au bord, toute essoufflée.

-    Alors Camille ! Comment vas-tu ?
-   Justement ça va pas trop bien ? Je n'arrive pas à oublier. Je fais des cauchemars terribles.
- Il faut du temps pour ça. Tu devrais nous parler de ce qui s'est passé, de ce qui te fait encore peur.

Camille s'enroule dans une serviette, et s'installe contre un rocher :
-    J'ai vraiment l'impression que ce qui nous est arrivé est de ma faute. J'en avais mare des autres, de l'hôtel. Lui, je crois qu'il m'aimait, il était tellement content que je vienne avec lui. Quand on est arrivés dans la caverne, on entendait l'eau couler. On étaient tellement fatigués... J'aurais du l'empêcher d'y aller. On aurait pu attendre de se reposer un peu. Il ne serait pas tombé...

Elle est recroquevillée sur elle-même et se ronge nerveusement l'ongle du petit doigt.

-    Ne reste pas en boule comme ça ! Dis Pascaline, allonge toi, je vais te masser les pieds.
Elle tire un à un les doigts des pieds de Camille, les tourne à droite, à gauche, puis, méthodiquement presse toute la voûte plantaire par petites touches, avec ses pouces., en lui parlant doucement.

-    Tu sais, tu ne changeras rien à ce qui s'est passé. Tu n'as pas poussé Fred quand il est tombé. C'est lui qui a décidé d'y aller. Et même si tu te lamentes le reste de tes jours, ça ne changera rien.

Camille se détend petit à petit. Elle pleure doucement.

-    Le pire c'est que moi, je ne l'aimais pas. J'étais juste partie avec lui pour essayer de trouver d'autres gens.

-    Ca, tu n'y pouvais rien, dit Magalie. Lui, il était sans doute très heureux que tu sois avec lui. Essaye plutôt de te souvenir de ça.

Pascaline lui tend la main pour l'aider à se relever :
- Tu verras avec le temps,  si tu t'en donnes le droit, tu accepteras tout ce qui s'est passé.

Elle lui sourit gentiment  :
-    Maintenant tu es avec nous. Je t'observe ces jours ci, je t'ai vue regarder Manolo.

-    Je le trouve tellement beau ! Je n'ose même pas lui parler.

-    Et bien ! Si tu participais aux ateliers d'acrobatie et d'équilibre ? Tu es assez en forme pour ça maintenant. Et ça te ferait le plus grand bien !