Jilinia

 

La Fête du 100ème jour

décors

Gabriel et Saphir parcourent les Galeries, brandissant des cornets en carton qui leur servent de haut-parleur. Les petits les suivent en frappant sur des cloches et des tambours dans un tintamarre incroyable qui se répercute à l'infini.

"Aujourd'hui ! C'est notre centième jour !
Grande Fête sur la piste du cirque ! A 17h 30 !
A la fin du spectacle ! Repas de galas au restaurant !
Venez Tous !"

Les préparatifs commencent dès le début de l'après-midi

 Evita aide les clowns à se maquiller. Eve termine les derniers costumes. Angel règle les lumières de la piste avec Federico. Les musiciens accordent leurs instruments. Au petit orchestre du cirque, se sont joint, Mireille qui avait appris le violon quand elle était petite et Yohan qui joue de la flutte.

La salle de spectacle, très bel espace circulaire, surmonté de deux plateaux d’une centaine de m2 chacun, l’un à deux, l’autre à trois mètres de hauteur, en demi-cercles, reliés par de grands escaliers de pierre, s’illumine peu à peu. Les concrétions de formes invraisemblables, deviennent translucides.
Sur la partie la plus haute, sont installées les trois roulottes peintes de couleurs vives, des animaux de manège en bois sculpté, et les tentures qu’Eve a réalisées dans des tons de rose, rouge carmin et orangé, n’hésitant pas à faire tremper des tissus défraîchis dans des bains de racine de garance ramassée dans la garrigue.
Les spectateurs commencent à s’asseoir sur les trois grands canapés du premier gradin, ou sur les quantités de coussins posés tout autour, au son d’une mélodie tzigane.

Tout le monde est là ! La musique s’accélère, roulement de tambour, coup de cymbales, les clowns arrivent en courant, roulades, cabrioles, saute-mouton. Ils tirent et poussent un long portique où se balancent touts sortes d’objets :  des couvercles, des tubes métalliques, des tronçons de gros bambous, des pots de terre cuite et des grappes de cloches, de toutes formes, faites de plaques de métal roulées.

Les six petits s’assoient en tailleur, au niveau des plus basses et commencent à taper régulièrement :  ting, tong,   ting, tong.  Les plus grands arrivent, les uns après les autres, se placent en face, habillés de collants noirs. On ne voit que leurs mains, leurs visages et les baguettes qu’ils utilisent pour frapper.
Les sons atteignent par moments, une intensité à peine supportable, pour diminuer progressivement, tour à tour, mats ou cristallins. De nouveau, ils s’amplifient, répercutés par la voûte, pour s’organiser en une mélodie reprise un moment par Yohan à la flutte.

Quelques secondes de silence, puis de nouveau toutes les percussion ensembles, un rythme endiablé, qui soudain, stoppe net, sous la direction de Youri, derrière les spectateurs , bras tendus, immobile.

Les derniers échos se perdent dans les galeries.

Un long moment de silence, et les applaudissements éclatent. Les parents sont stupéfaits par le résultat de ce qu'ils avaient imaginé être seulement une initiation aux rythmes et un défoulement pour les petits.

Le portique disparaît au son de l'accordéon et des violons, remplacé par deux filles et trois garçons en costumes multicolores qui sautent et tourbillonnent en l'air à toute vitesse. A chaque tour de piste de nouveaux acrobates rejoignent le groupe. 

Les Morales ont fait travailler tout le monde, les débutants connaissent les exercices les plus simples. Sous la direction de Pablo ils forment une pyramide escaladée par Agathe qui salue le public, adorable dans un collant rouge et bleu, à 6 mètres au-dessus du sol.
Quelques secondes plus tard, ils s’échappent dans les coulisses, reviennent sous les ovations en tirant de grandes cordes reliées aux trapèzes,  avant de s'asseoir, essoufflés autour de la piste.

Déjà Annabelle et Pablo montent le long des cordes, s'assoient sur les trapèzes et commencent à se balancer. Leurs costumes pailletés accrochent et renvoient les lumières sur une paroi très blanche, presque lisse. Leur numéro est bien rôdé, c'est un plaisir de les voir évoluer, s'éloigner, se rapprocher, se rattraper au vol, même pour ceux qui les connaissent depuis longtemps.

Suivent, les numéros traditionnels du cirque. Youri après quelques acrobaties, circule dans le public, subtilisant montres et foulards, tout en sortant les objets les plus étonnants des oreilles ou du nez des spectateurs, à la grande joie des enfants.

Eve, funambule, danse sur des fils avec ses deux filles. Manolo jongle en, tournant sur un monocycle autour de la piste.

Carmina chante des chants tsiganes et Leïla les chants berbères de son, enfance accompagnées par les musiciens.  Fédérico jongle avec lise.

Enfin, les jumeaux s'avancent sur la piste, accompagnés de Saphir et Théo, habillés de blanc, avec de grands oiseaux peints sur leur T Shirt.
Agathe commence : "Pour faire le portrait d'un oiseau"
Gabriel :"Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte"
Saphir : "Peindre ensuite quelque chose de joli, quelque chose de simple, quelque chose de beau"
Théo :"Placer ensuite la toile contre un arbre, dans un jardin, dans un bois ou dans une forêt"
Agathe : "Se cacher derrière l'arbre, sans rien dire, sans bouger"
Gabriel : "Parfois l'oiseau arrive vite, mais il peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider"
Tous les quatre : "Ne pas se décourager , attendre!"
Saphir :"Jacques Prévert"

Les applaudissements et les ovations éclatent. Edith, Sylvette et Leïla rejoignent les enfants sur la piste. Elles lisaient avec eux les "Paroles" de Prévert, qui les amusaient beaucoup, mais se demandaient s'ils auraient le courage de jouer devant tout le monde.

De nouveau la musique, invitant les spectateurs à participer. Youri s'incline très bas devant Edith et l'entraîne en valsant à l'autre bout de la piste. Les enfants commencent  une longue farandole, prenant les mains de ceux qu'ils croisent pour les entraîner, en musique, jusqu'au restaurant..

   

24 Décembre – sous terre

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Depuis quelques jours une ambiance toute particulière règne dans la grotte.

Ce soir, c'est Noël !

Des guirlandes de petites ampoules de toutes les couleurs brillent ou clignotent dans la grande salle et dans les allées. La piscine est transformée en lieu surnaturel par les lampes colorées se reflétant dans l'eau et les cascades.

Sur l'estrade du restaurant, un immense sapin aux lumières changeantes accueille sur ses branches de plastique,  tout un monde d'ours, de rennes et de pères Noël, évoquant l'hiver,  au milieu d'angelots, d'étoiles, de boules de verre et de guirlandes argentées.

Leïla a fabriqué les pâtisseries au miel de son pays et Carmina des gâteaux aux graines de pavot. Luce et Mathilde ont ajouté sur les plateaux de friandises,  les nougats et les fruits secs ou confits pour maintenir la tradition des treize desserts de Noël.

L’après-midi Lola arrive près du sapin avec ses chaussures à la main :
-   On n'a pas de cheminée, ni de fenêtre, et l'entrée, elle est très loin., comment il va faire le père Noël ?

  1. Peut-être qu'il saura faire le tour par la grotte ornée, lui répond Théo qui a déjà déposé les siennes.

Gabriel  la prend par les épaules :
-     T'en fais pas ! Le père Noël, il est fortiche. Il nous trouvera !
Théo demande d’un air songeur :
-     Vous croyez qu'il existe vraiment ? A l'école, Victor il disait que c'était les parents.
Lola accroche au sapin une boule qu’elle a décoré le matin :
-    On verra bien demain matin, s'il y a des cadeaux !
Maïssa tire sur une branche pour y installer un ange peint :
-    On en aura ! Puisque tout le monde a mit ses chaussures sous le sapin.

Ils ont vraiment envie d'y croire, comme tous les enfants. Ils ont toujours confiance en ce monde qui pourtant a bien changé depuis quelques temps.

Toute la journée ils participent aux préparatifs du réveillon.

Eve et Samuel ont modelé avec eux  les personnages de la crèche provençale. Ils y ont ajouté  des animaux  avec leurs petits, et des arbres, beaucoup d'arbres de tous les pays, et aussi un cirque avec ses numéros. Les figurines d'argile sèche, ont été peintes soigneusement par les plus grands.

Une plate-forme de la galerie des piscines, au mur ressemblant à une falaise a permis l'installation, sur une dizaine de mètres de longueur d'un paysage miniature, représentant des collines, des chemins, des cours d'eau, des cascades, des habitations entourées de végétation avec au centre, l'étable où tout est prêt pour recevoir l'enfant Jésus qui n'arrivera que ce soir, à Minuit.

Les nombreux personnages  traditionnels sont à leur place : le ravis avec ses bras en l'air, le rémouleur, le curé, le gendarme, le garde champêtre avec son tambour, les papis et mamies qui mangent leur soupe, les bergers et leurs chiens, les moutons, et bien d'autres encore...

En haut, à droite, un désert de sable où les rois mages sont déjà en route avec leurs dromadaires. Au-dessus une tenture bleue nuit piquetée de petites étoiles et une lune d'argent au large sourire.

Jamais crèche n'a été aussi belle. Il faut dire que cette représentation du monde est pour eux bien plus que la crèche de Noël. D'ailleurs, elle restera en place après les fêtes et les enfants pourront y ajouter ce qui leur manque à l'intérieur de la grotte. Innocent leur à promis d'alimenter les cascades et d'y faire couler une vraie rivière.

Les six petits ne se lassent pas de l'admirer et de jouer avec les personnages. Lola a cassé la belle dame que sa mère appelle l'Arlésienne. Elle à tant pleuré que pour la consoler, Eve en a vite modelé une autre, qui l'a remplacée avant même d'être sèche ! 

 

25 Décembre - sous terre

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Hier soir, les enfants se sont couchés tôt. Il faut laisser le père Noël travailler tranquille !
Ce matin dès le réveil, ils sautent du lit et se précipitent hors de chez eux, pour aller voir sous le sapin.

Les six petits arrivent presque en même temps dans la grande salle. Là, ils s'arrêtent bouche-bée. Sous le sapin, un chalet de bois les attend avec des fenêtres à volets verts et une couronne de fleurs et d'étoiles sur la porte.

Maïssa, les yeux écarquillés, dit d'une toute petite voix :
-    Comment il a fait pour la porter ici ?

Agathe lui répond, avec un grand sourire :
-    Le Père Noël, c'est comme les fées. Il peut tout faire.

En s'approchant, ils voient des paquets disposés dans les chaussures. Gabriel regarde les étiquettes.
-   Non, dit il,  tout ça c'est pour les grands.

Théo s'approche de la porte, et tourne la poignée, mais la porte est fermée.
Nourdine qui avec les autres se réjouit de loin de leur surprise, vient auprès d'eux.
-   Regardez ! Là, il y a un crochet, avec une clé.

Gabriel ouvre la porte. Les enfants se bousculent un peu derrière lui pour voir à l'intérieur. Ils entrent dans une pièce aux murs de bois blond, meublée d'une grande table, d'un buffet et d'une dizaine de chaises, peints en vert pâle. Au fond, un petit sapin est posé sur le plancher, teinté lui aussi en vert, à coté d'une cheminée où de fausses bûches éclairées de l'intérieur imitent le feu.

-  Il y a même de la lumière, dit Saphir qui vient d'appuyer sur l'interrupteur.

Au-dessus de la table s'allume un  mobile où pendent des perles et des boules de verre  qui projettent leurs couleurs au plafond et sur les murs.

Sous le sapin, les attendent une dizaine de gros paquets. Sur certains, les étiquettes indiquent : Pour Tous. Sur les six autres, ils lisent leurs prénoms, et s'empressent de les ouvrir. Les trois filles trouvent ce qu'elles prennent d'abord pour des boites en bois, rangées les unes dans les autres, avec à l'intérieur des meubles et une petite valise, où sont rangés des habits, à la taille de leurs poupées. Les garçons ont eux aussi des caisses, de couleurs avec des planches rangées à l'intérieur et des paquets contenant des animaux de bois.

Il sont tous très excités, parlant et riant tous en même temps. Par les fenêtres de leur nouveau domaine, leurs parents les regardent, attendris.  Innocent entre et montre à Lola et Maïssa que leurs boites sont des pièces, avec des portes, qui forment de petits appartement, ou une grande maison de poupée couvrant tout un mur quand elles sont assemblées. Dans les paquets encore fermés elles trouvent les escaliers et le toit.

Celles des garçons permettent de monter un circuit pour leurs voitures et une ferme avec des barrières et des morceaux de moquette verte pour les prairies.

Aussitôt, ils s'installent tous pour jouer, d'abord chacun de leur côté, puis ils commencent les montages collectifs en riant et racontant des histoires.

Luce quitte la fenêtre d'où elle observait les enfants.
-   Si on s'occupait un peu de nous ?

Ils se dirigent vers le grand sapin où chacun trouve un cadeau d'autant plus précieux qu'il a été fabriqué, ici par eux tous :  grands châles de laine, chaussettes confortables, petits meubles, bijoux, et pour ceux qui ont l'intention de repartir bientôt, des sacs à dos à poches multiples, et des duvets légers et chauds.

Ce matin, ils ont tous oublié le petit déjeuner.

Mathilde dévoile un buffet pantagruélique, où un énorme gâteau en forme de montagne avec de petites maisons en pâte d'amande, trône au milieu des nombreux plats. Chacun viendra s'y servir à son gré, durant toute la journée.

Bien sur ! les petits s'installent dans leur maison avec leur plateau.

Agathe s'approche de Martin et lui dit, en le tirant vers elle pour l'embrasser.
-   Papa! c'est un très beau Noël !

 

Fin de l’année sous terre

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Pendant les six derniers jours de cette année fertile en événement, tous s'appliquent à maintenir une ambiance feutrée et agréable, une ambiance de vacances et de fête, comme s'ils étaient aux sports d'hiver pendant une tempête de neige.

Mathilde rassemble les enfants presque chaque jour, pour des ateliers gâteaux et pâte d'amande qui embaument la grande salle depuis Noël,  et approvisionnent le buffet.  Carmina a apporté son samovar où du thé parfumé est toujours disponible.

Les ados, et même quelques adultes, passent de longs moment à jouer avec les petits dans leur chalet, et à compléter l'aménagement de la maison de poupée et de la ferme.

Les rois mages progressent un peu chaque jour, ils arriveront dans la crèche, pour l'épiphanie, en même temps que les galettes.

Mathieu a sorti ses pinceaux pour immortaliser dans un album d'aquarelles, les plus beaux instants de ces fêtes et les visages de tous les membres de la communauté.

Le trente et un décembre,  la préparation du réveillon attire beaucoup de monde à la cuisine. Dans la grande salle, les électriciens transportent des caisses de matériel, d'un endroit à l'autre. On voit qu’ils ont l’habitude de placer les échelles pour atteindre les endroits les plus haut de la voûte. Etienne a fixé un grand voile de tissu blanc, tout en haut, dans les labyrinthes de stalactites.

Tous on prévu de se déguiser. Le thème choisi pour la soirée est le monde des elfes et des fées. Il permet les inventions les plus folles. En fin d'après-midi, ils s'isolent un moment, pour se changer.

La soirée débute par un défilé sur la corniche au-dessus du restaurant, dans la lumière des projecteurs où chacun présente son personnage, et raconte son histoire légendaire ou inventée, sous les rires et les applaudissements.

Manolo s'est présenté le premier, en Dieu Pan aux cornes dorées. Il a lu un poème d'espoir pour aider la nature à renaître, avant de rejoindre son poste de régisseur lumières, d'où il révèlera à l'aide de projecteurs masqués de films de  couleurs, fixes, tournants ou clignotants, l'ingéniosité et la poésie des costumes.
A la fin de la présentation, on surveille la pendule de Mathilde. Il est presque minuit. Les conversations s'apaisent pour attendre les douze coups qui, enfin,  sonnent le début de la nouvelle année.

Luce et Pascaline avant de les rejoindre, observent un moment tous les personnages  féeriques en train de s'embrasser en se souhaitant le meilleur pour cette année à venir.

Spectacle étrange, scènes irréelles ou incongrues, auxquelles elles s'intègrent, l'une en fée voilée d'argent, à la robe pailletée, l'autre en lutin des forêts, habillée d'un collant vert et brun,  et d’une guirlande de feuilles, la tête couronnée de grosses fleurs en papier.

Ils se souhaitent mutuellement de bientôt revoir le soleil et de reprendre leur vie à l'extérieur le plus vite possible.

Soudain, la lumière dirigée vers le centre de la salle où ils sont réunis, se met à clignoter.

 Elle devient rouge, puis orange, jaune, verte, déclinant les couleurs de l'arc-en-ciel jusqu'au violet. Enfin, un arc-en-ciel complet est projeté sur un mur blanc du fond de la salle et une vive lueur attire le regard vers le plafond.

Là, ils voient un long voile blanc vibrer doucement, puis se balancer et tout à coup, Annabelle apparaît  la tête en bas,   un pied enroulé dans un pan du voile dont elle se sert pour se hisser plus haut.

Elle monte, redescend, se balance, se laisse glisser, semble tomber, et les tient ainsi en halène, un certain temps avant de descendre le long du voile, récupérée au vol par Mathieu qui la sert dans ses bras en tournant sur place, sous un tonnerre d'applaudissements.

Pendant près d'une heure, les enfants vont se succéder sous sa direction montant de plus en plus haut sous le regard admiratif des spectateurs vaguement inquiets.  

Les lumières les suivent dans leurs évolutions pendant le spectacle, puis parcourent le plafond de toute la salle.  Elles révèlent des concrétions invisibles d'habitude et en accentuent la féerie en changeant les couleurs et les angles d'éclairage.

Elles attirent de nouveau l'attention vers le mur blanc, pour un diaporama en grandeur  réelle donnant l'impression de se promener dans des paysages de campagne, de mer, de montagnes qui leur semblent à présent presque irréels.

 

Enfin, de nouveau l'arc-en-ciel devant lequel Innocent, Angel et Martin et Manolo viennent saluer leur public.

Les enfants se précipitent vers eux pour les embrasser sous les cris et les acclamations.

Il est deux heures du matin. Le moment pour la plupart d'entre eux d'aller dormir, des images plein la tête.